LA FACE CACHÉE.
Faits divers, bien trop divers.
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- Viol
- Tués parce qu'ils voulaient vivre
- De l'appel aux droits, aux silences vendus
VIOL.
Repus, ils l'ont jetée. Enfant souillée, cassée,
Lynchée par cet amour assouvi dans l'horreur,
Fauchée dans son désir de se voir fiancée,
Au jour de dominer la crainte du bonheur.
Tout son être abîmé pourra cicatriser,
Mais son cœur outragé ne saura pardonner,
Ses envies violentées pourront s'apprivoiser,
Mais ses yeux révoltés ne sauront raisonner.
Vêtue comme une fleur, pour être simplement,
Son corps ne recherchait qu'à vivre sa jeunesse,
En offrant la chaleur de son rayonnement,
Juste pour le regard, sans donner de promesse.
Et les trois meurtriers sont partis fièrement,
Avec dans leur bas-ventre une satisfaction,
L'inviolable impression d'user d'un sentiment,
Accordé par les temps de leur domination.
Vertement sermonnés pour cette gaillardise,
Ils s'autoriseront à ne plus rançonner,
Comme un viol après tout n'est qu'une gourmandise,
Ce péché naturel peut bien se chiffonner.
Mais le vrai jugement aura lieu pour la gosse,
Coupable d'être ainsi et de nous captiver,
Sa pauvre faute étant de n'avoir pas de bosse,
Car la difformité aurait pu la sauver.
Elle ira dans l'oubli, triée comme un déchet,
Avec au fond du cœur la haine envers ces hommes
Qui l'ont considérée comme un colifichet,
Enfanté simplement pour croquer dans leurs pommes.
Ainsi ne restera, que de ces "pruderies",
Ne sachant colorer l'horizon de nos yeux,
Les belles resteront près de leurs broderies,
Voilant avec rancœur le soleil de leurs vœux.
-o-
... le 15 octobre d'une sale fin de 20ème siècle, une petite commune engoncée dans une mutité provinciale ! Laurette est la fille cadette d'un couple d'agriculteurs. Elle a tout juste seize ans.
Laurette est normalement insouciante et veut d'abord déguster ses premières années de jeune fille. Dans une ingénuité qui convient à son jeune âge.
Laurette est très jolie et cherche à profiter de son adolescence, dans une candeur réservée à la prime jeunesse. Elle veut s'épanouir dans une fraîcheur printanière, toute bourgeonnante d'une frivolité encore enfantine. Laquelle devrait sainement aérer nos comportements d'adultes préfabriqués. La "petite" est juste fautive de vivre dans une innocence spontanée, qui devrait condamner sans merci, nos jugements trop investis de leur seule raison d'adulte. Un raisonnement trop vite oublieux de l'adolescence sans complexe. Mais Laurette est convaincue de la réalité de l'amour consenti à deux. Certaine que ce sentiment ne peut se manipuler. Tant il est profond. Tant il est personnel à chacun. Pourtant, des profanateurs de destin vont en décider autrement. Ils vont jouer avec la candeur de l'enfant à peine grandie. Ils vont simplement s'amuser ! Parce que les hommes sont comme ça et qu'ils veulent pardessus tout, respecter leurs bas instincts de mâles Campeador. Parce qu'ils veulent pérenniser ces inclinations, décrétées comme naturelles. Lesquelles sont pour chaque fois, sordidement agréées par toute la stupidité de certaines petites villes, engluées dans des convenances immuables. Mais Laurette ne sait pas encore. Laurette aime tout le monde. Laurette sourit à toute la sainte paroisse, en parfumant les ruelles des froufrous de sa démarche espiègle. Laurette offre ses jeunes années habillées de dentelles et d'impudeur immature, à tous ces amis qui l'ont vu naître. Sans aucune arrière pensée, Laurette leur envoie des baisers avec ses yeux pétillant d'allégresse, pour les remercier de leur bienveillance.
... le 16 octobre, quelques milliers de siècles après le premier homme des cavernes, une petite commune maculée par ses lois provinciales ! Une agglomération assujettie par la certitude de ses tolérances ancestrales. Une bourgade encellulant des âmes enchaînées à leurs propres lois, transmises par la rigidité incontournable d'une éducation tribale et misogyne. Un peu plus loin, on a retrouvé les seize ans de Laurette, répandus dans un champ de blés encore verts. Seize années de naïveté légitime. Seize années embourbées dans un cloaque conspirateur, consciemment entretenu par une alliance inquisitoriale. Seize années écrasées sous un rouleau compresseur primitif.
Une longue et infectieuse lézarde commence à craqueler la jeune vie maintenant figée de Laurette. Coupable d'être femme. Coupable d'être jolie. Coupable d'avoir voulu embaumer le cœur de ses concitoyens. Coupable d'être née en cet endroit, soumis à la domination du mâle fanatique et indétrônable.
On a violé Laurette. On a jugé Laurette ... coupable !
PtK
Ils sont toujours assis, seuls, autour de leur canne,
Appuyant leur raison chargée de souvenirs.
Il en est parfois un, qui lourdement ricane,
Le cœur déjà rouillé par de trop vieux plaisirs.
Tels des outils usés, empilés dans un coin,
Ils voudraient essayer de repeindre un sourire,
Mais ils n'ont plus la foi, tout est déjà trop loin,
Le silence est trop fort, il n'est plus rien à dire.
Ils sont anéantis, au fond de leur passé,
Comment leur demander un sursaut d'allégresse,
Leur pauvre vie s'égoutte hors d'un espoir fêlé,
Liquéfiée dans ces ans foulés par leur faiblesse.
Face aux ennuis de vieux, ils chassent à grand peine
Les assauts d'une mort qui estropie leurs jours,
Conscients à chaque instant de la lente gangrène,
Grignotant sans répit le soleil des toujours.
Leurs yeux tout ruisselants d'une pâle tristesse
Ecoutent cette vie qui continue sans eux,
Laissant parler ces doigts, témoins de leur détresse,
Ne sachant que trembler pour exprimer leurs vœux.
Ils sont fossilisés, condamnés à dépendre,
A ne rien demander, simplement accepter
Et de toute façon, que pourraient-ils bien prendre,
Ne retrouvant pas même un objet familier.
Plus rien de ces pastels, autrefois dans leur cœur,
Qui sauraient adoucir leur fichue pénitence,
A peine le spectacle arraché d'une fleur,
Peut-il encor ce jour, tiédir leur survivance.
Ils se lèvent parfois, pour trotter de six pas,
S'approcher d'un reflet lanternant le sursis,
Un autre condamné qui ne les entend pas,
Une autre vie sans choix, un autre vieux assis.
Ils reviennent vaincus et prêts à mourir seuls,
La solitude est là, pour mieux les achever,
Le devoir des enfants, noyé sous les linceuls,
A sacrifié tous ceux, ne pouvant plus donner.
-o-
Peut-on finir d'écraser sans frémir, la coquille que l'on avait déjà craquelée pour venir voir le jour. Comme ça, juste pour libérer un mieux-être égoïste ?
On l'appelle la vieille de la N° 123. Pas Lucienne, ni mamy, ni même Mme Berthaut. Non ! Elle est tout naturellement devenue : "celle-de-la-123". Et pourtant, une certaine amitié aurait dû naître depuis son arrivée. Tout du moins des relations un peu plus attentionnées, sinon respectueuses, envers la vie de son passé, clouée en ces lieux inconnus. Aujourd'hui, ça va faire un bout de siècle qu'on l'a rempotée là, dans ce jardin désherbé d'atmosphère familiale. Au moins cinq années, qui se sont fondues au long de ces froids couloirs, journellement martelés par ses pas chevrotants. Ce sont quelques 1800 jours, qu'elle a usé impatiemment dans le frottement de ses allers-retours d'oubliée volontaire. Des milliers d'heures, accordées au diapason d'une parole donnée par contumace. Ça fait tant et tant, qu'elle fait survivre une fin de vie soumise par une signature rudimentaire. Un simple autographe certifié à l'unanimité filiale, hors sa volonté courbaturée et voilà ! Déjà soixante mois de refoulement intensif pour ne plus gêner. Des millions et des millions de secondes, renouvelables au bon gré de sa survivance inespérée. Toute la famille, plus ou moins proche, a émargé le bon de livraison avec un soulagement au souffle d'intolérance :
– Pas le temps de s'occuper de la vieille. Elle sera beaucoup mieux là-bas. C'est une belle et grande maison de retraite. A la campagne. A l'air pur, avec des copines plein les lits garnis de courroies ; pour qu'elles ne tombent pas dans l'envie d'aller le prendre au mot, cet air pur. C'est une casemate très proprette, très fermée. Un range-tout bien isolé et bien surveillé. Là, elle ne risque rien, la vieille de la N° 123. Pas même un furieux coup de visite familiale.
Peut-être que la vieille mérite son sort. Peut-être qu'elle a agi de même avec ses propres parents. Peut-être qu'on ne pouvait faire autrement. Mais tant d'abandons systématiques, étouffés sous tous ces "peut-être" invérifiables.
Il sombra sous l'affront d'un rictus électrique,
Une larme sertie sous son regard dompté.
Dans l'écho de son râle, un regret métallique …
C'était un amoureux, aux espoirs d'équité.
On a livré son rire aux machines barbares,
En écoutant saigner son chant de vérité.
Sur les blés de sa vie, le galop des tartares …
C'était un amoureux transi de liberté.
Ils ont lâché leurs mains pour vomir sur sa peau,
Incrustant leur folie dans son intimité.
Elle a tout accepté, sans renier son drapeau …
C'était une amoureuse au baiser lacéré.
On a coupé ses doigts pour blesser ses prières,
Ecrasé son cerveau pour tuer ses Ave.
Il est parti tout seul, en protégeant ses frères …
C'était un amoureux aux pardons réprouvés.
Ils ont laissé pourrir les roses de son cœur,
Dans un enclos d'orties, aux issues condamnées.
Des parfums de son âme, un relent de vainqueur …
C'était un amoureux du pouvoir des pensées.
On a criblé son corps et labouré ses chairs,
Pour arracher ce sang propre à l'hérédité.
Elle a éteint sa vie dans un torrent d'éclairs …
C'était une amoureuse au lignage avorté.
Comment dire à l'enfant qu'il sera respecté,
En crachant ses soleils dans l'ombre des vautours,
Quand nos nuits sans pudeur violent sa dignité,
Comment lui demander de pardonner nos jours.
-o-
Au cœur de la torture, le viol incestueux d'un droit naturel : la vie !
A ce jour, la civilisation n'a pas modifié les moyens fratricides pour progresser. Elle les a simplement envoilés. Pire, elle les a vulgarisés. La barbarie moderne a toujours ce même goût de soufre que celle du moyen âge. Jadis, l'estoc tuait aussi atrocement que les grenades à fragmentation d'aujourd'hui. La misérable différence est qu'autrefois, on massacrait moins vite et moins d'innocents en une seule fois. Quant aux supplices, malgré un meilleur être croissant, grâce à l'automatisation de notre époque, ils sont encore peaufinés avec cette même lenteur alourdie par une cruauté gratuite. Ils sont pérennisés avec entre autres, cette même intention d'apporter une réponse à leurs alarmes :
Peur de ces logiques, capables de faire croire à la vérité …
Peur de ces enfants, prêts à troquer les chaînes de leur vie contre la liberté dans leur mort …
Peur de ces femmes, réclamant la reconnaissance de leur "moi" essentiel …
Peur de ces menaces spirituelles, dévoilant la vraie couleur des consciences …
Peur de ces sages, capables d'identifier la véritable origine des volontés de ces crimes …
Peur de ces muses, allaitant leurs fils jusqu'au bout de ces combats pour le droit d'exister ...
Peur de leurs peurs !
PtK
Alors, te fustigeant dans un cri d'hystérique,
Tu fais rugir la houle de tes flots
Et, balafrant les nues de ta rage électrique,
Tu te pourfends au milieu des sanglots.
Tu vomis tes douleurs sur ton sol boursouflé
En l'infiltrant de larmes infectées,
Décapitant d'un souffle hargneux et possédé,
Jusqu'aux géants de tes nations boisées.
Mais touchée par le doigt d'un soleil rédempteur,
Tu désarmes tes fureurs converties,
En abjurant tes plaies sous un ciel confesseur,
Tu restitues tes glèbes asservies.
Nature ! Pourquoi te rendre et ne pas déjouer,
Cet agioteur gaspillant tes crédits,
Ce cauteleux sans foi, prêt à te crucifier,
Pour te clouer au mur de ses profits …
Pour violer l'usufruit de ta large innocence,
Qu'aux plaisirs vrais tu sais si bien donner
Et glorifier le gain, te pillant sans clémence,
A chaque jour, pour mieux te condamner.
Comment peux-tu permettre à l'homme cet emploi,
Te dégrader pour de vils intérêts
Et soumettre les cieux au bon gré de sa loi,
Chasser l'oiseau pour nicher ses progrès.
Lui ! Qui bannit le cerf et la biche affaiblie,
Le frais ruisseau sous son toit de fougères,
La baleine hors-la-loi fuyant l'onde ennemie,
Lui ! T'abusant d'amitiés mensongères.
Il te faut réagir en montrant tes morsures,
Pour que l'enfant saignant de vérité,
Bataille au front de qui marchande tes blessures,
Pour le confort de telle société.
-o-
Du fond des temps, aux premières secondes de l'époque du moderne, "ILS" étaient obligés de vivre au milieu d'une nature qui ne les comprenait pas. Sans répit, le vacarme des oiseaux couvrait le gazouillis de leurs espoirs monnayables. Le sans-gêne des rivières ralentissait leurs va-et-vient envahisseurs et les forêts empiétaient avec désinvolture leurs espaces constructibles. En fait et selon leurs propres sentiments, la pluie, le vent, le soleil, se passaient le mot pour contrarier les plans qui stagnaient dans leur tête avide. Autrefois abandonnée à ses caprices, la nature semblait ne pas vouloir se plier à leurs besoins. Aujourd'hui, "ILS" ont trouvé les moyens de contrecarrer la spontanéité de cette nature rebelle. "ILS" se sont enfin révélés, après avoir longtemps cherché comment pouvoir revendre ce qui était gratuit, selon une savante restructuration de la Genèse.
A présent "qu'ILS" peuvent s'allouer les moyens de réaliser et marchander leurs rêves en ersatz naturel, "ILS" se dépêchent d'incruster leurs empreintes destructrices, sur les sols sacrifiés au plus offrant. Boulimiques, "ILS" fondent sans état d'âme, les serres minutieusement aiguisées, sur tout ce qui n'est pas réadapté à leur convenance. "ILS" s'abattent sans pitié, sur chaque centimètre carré "qu'ILS" dépeuplent méticuleusement des parasites en tout genre. "ILS" troquent le moindre relent de terre sauvage, inacceptablement rescapée des consciencieux réaménagements bétonnés. Missionnaires du bâtissable, "ILS" plantent leur pouvoir négociable, au cœur de chaque lieu prometteur pour promoteur sans cœur. Afin de couper court aux agressions sauvages du doute possible, "ILS" rasent chaque jour de près, leur sentimentalité hirsute. Puis, assurés de donner sens et fraîcheur à leurs élucubrations bitumées, "ILS" se collent au boulot. Une main dans la poche revolver, l'autre serrant fort la bible du père Macadam. Aidés par une insouciance collective, puissamment entraînée à fermer les yeux sur ce qu'elle ne veut pas comprendre, "ILS" décalquent leur personnalité sur celle de ces malvoyants d'occasion. Offrant en guise de mode d'emploi, des publicités subliminales aux "regardants" de trop près, pour mieux les aider à s'asservir. Bien sanglés dans leurs travers et encore mieux, dans leurs non droits taillés sur mesure, "ILS" s'installent sans gêne aucune, sur toute parcelle sonnante et trébuchante. Sans indulgence envers ceux qui n'ont pas l'argent nécessaire, pour racheter leur expropriation sommée au nom de la nécessité nationale. La nature avait pourtant astucieusement semé différentes logiques d'existence. Pour que chaque être vivant et chaque élément singulier existe selon sa prédisposition. Elle avait fait en sorte que tout composant de ce monde puisse s'épanouir à son gré. Mais aujourd'hui, la règle du tous pour un et un c'est pour moi, a largement modifié la donne de façon quasiment irréversible.
Depuis trop longtemps, obéissant au doigt destructeur et à l'œil vorace de Mon saigneur Profit, toutes les ouailles des différentes tribus converties au Progrès & Etc., partent régulièrement en croisade sur la terre ceinte par des "baux" frères de barbelés. Ici, les "Coupent-tout" taillent dans le vif des sujets boisés. Ils abattent des arbres condamnés par défaut et qui, par la suite, sont libérés sous forme de pâte à gâcher. Pour faire des catalogues jetables. Pour imprimer des bons de commande, permettant d'outiller des "Coupent-tout" plus performants. Plus loin, pustulés d'un trop-plein d'humeurs bétonnantes, les "Chez-les-autres" répandent le pus de leur gros derrière culotté, sur les expulsions malignes des "Chez-à-moi". Pendant que ça et là, envoûtés par une géométrie pécuniaire, des "Effaceurs professionnels" rectifient l'extravagance des libertés fluviales, remanient l'impertinence des littoraux misanthropes. Tout est relooké avec énormité, sous le regard protecteur et bienveillant des "Bull-d-osèrent" dénués de toute pudeur. D'abord, pour faire beaucoup moins joli. Ensuite, pour contraindre les terrains rebelles à accepter l'intronisation de ces postérieurs de luxe, catégoriquement allergiques aux éléments naturels. Ainsi, les mal lotis sont insensiblement repoussés par les bons mal vivants, qui refusent de se laisser envahir par une faune et une flore bien encombrantes et jugées impropres à la civilisation synthétique.
Comme il n'y a malheureusement pas assez de place pour tous les croqueurs de terre, des vocations de "souilleurs" de mer se enfin sont révélées. Permettant ainsi de maintenir l'injuste équilibre, entre les décharges terrestres et les dépotoirs marins. J'ai même entendu dire, que certains bienfaiteurs de l'excentricité, voudraient raser certaines callosités volcaniques émergeant avec inélégance de la surface des océans vert émeraude. Afin d'y semer quelques cliniques de luxe, pour soigner ceux qui ont le mal des montagnes. D'autres projetteraient de bétonner des récifs coralliens, pour installer un parcours naturel. Afin de permettre aux joggeurs nantis, de s'offrir un moment de solitude iodée loin de leur enfer boursier, sans peur d'écorcher leurs baskets vernies.
Mais tout ceci n'est que ouï-dire. Peut-être pas ! Cependant, il faudrait bien que …
PtK
Leurs vouloirs écorchés par nos inattentions,
Une enfance affublée de refus barbelés,
Un espoir exilé de nos compréhensions
Et ils ploient sous nos peurs qui les ont refoulés.
– Etendu sans pitié sur son lit de trottoir,
Il se chauffe à l'alcool en grillant ses sourires.
Ses années vont pourrir, suspendues au parloir
Que l'on ferme en riant au nez de ses délires.
– Lapidée de jurons essuyés sans recours,
Elle étouffe en son sein le fœtus de ses vœux.
La misère injectée par le dard de nos jours,
Va gangrener son âme en rognant ses aveux.
Ils n'ont pas inventé ce moyen d'exister,
Leur croissance a brouté l'exemple de nos vides
Et l'ouïe de nos erreurs ne veut pas se tourner
Vers ces cris dégouttant de nos infanticides.
-o-
Les deux bras noués autour de sa bouteille, Julien tente de repousser ces lendemains qui cherchent à le poignarder dans le dos. Lorsque ses parents sont devenus trop fatigués, pour mendier de quoi payer son avenir scolaire, on a détourné ses rêves d'étudiant. Alors il est parti. Longtemps.
D'abord, il a cherché cette offre d'emploi, qui aurait pu timidement se cacher au milieu de tous les licenciements journaliers parfois oublieux. En vain. Mais pour ne pas sombrer tout de suite, il a bien rendu de menus services, gentiment rémunérés dans l'ombre d'une faveur au noir. Seulement, on ne lui accordait pas la fameuse fiche de paie. On ne lui donnait pas ce justificatif indispensable, qui prouve que l'on travaille bien pour sa patrie. Il n'avait pas ce bulletin qui donne le droit de pouvoir dormir en dehors des rues. Même dans un tout petit chez soi, au chaud, au propre. Au sec, comme un coup de trique. Alors il est reparti. Beaucoup plus longtemps.
Aujourd'hui, Julien a trouvé un immense trottoir deux pièces, dont une gigantesque salle de bain directement branchée sur les caniveaux attenants. Il continue de chercher un boulot d'être humain, poussé par les quelques délires, qui commencent à se coaguler dans sa tête. Mais il n'a plus que le rictus de la fatalité pour accompagner ses litanies. L'hiver, il déménage et réaménage sans cesse, au gré de ses espoirs alcoolisés. Prospectant aux bons vœux d'une maréchaussée, qui lui interdit parfois la libre utilisation de ses pavés battus. Il vague, d'abris de nuit en cachettes de jour.
Julien n'a qu'une amie, en dehors de sa bouteille intarissable. Tout du moins, il connaît un visage qui ne l'insulte pas. C'est Solange, la vieille petite jeune qui habite juste à côté de ses errances :
-o-
Solange a tout perdu, avant même d'avoir eu la possibilité de gagner la confiance en sa vie. Devenue mère à l'âge où l'on a d'abord besoin de vivre la sienne, elle a eu le droit d'enfanter. Ailleurs ! En emportant sa faute de jeunesse insouciante et quelques effets plus ou moins personnels. Ses parents médaillés de morale exemplaire, ont verrouillé le bastion immaculé de leur conception. En laissant couler des flots d'intolérance dans ses fossés mystiques, pour ne pas succomber à la tentation d'être des grands parents bâtards. Excommuniée par le péché originel de ses gènes, Solange s'est enfuie. Mais elle n'a pas capitulé. Pas tout de suite. Elle a d'abord transpiré, de maigres boulots en petites aides sociales, pour élever son enfant. Pour garder près d'elle, ce p'tit bout d'espoir qui savait lui réchauffer le cœur à lui tout seul.
Seulement, une bande de "bien-comme-il-faut" ont décidé de s'occuper d'elle. Ils ont malheureusement eu pitié de cette pauvre fille mère qui dépérissait à vue de nez, sous tant de privations consenties pour alimenter son gosse épanoui. Alors, ils ont aidé Solange. Ils lui ont confisqué ce petit fagot de tendresse, jugé bien trop lourd pour son corps famélique. Ensuite, ils ont donné l'enfant. A des "bien comme il faut". Ils l'ont lâché dans le conditionnel. L'empilant dans l'un de ces endroits javellisés, où pas même le souvenir de la mère peut résister. En consolation, Solange a bénéficié d'un faux sourire décalqué sur un véritable adieu et elle est partie. A reculons. Pour mieux sauter dans la solitude. Devant les remparts de ses larmes, des adultes ont verrouillé le blockhaus sanguinolent de leur contraception post-natale. En laissant jaillir des flux d'intransigeance dans leurs fossés machiavéliques, pour ne pas succomber à la tentation d'être des protecteurs de famille bâtarde.
Encore un de leur jours, passé à côté de celui des autres. Un de plus ... ou un de moins, selon l'interprétation de leur tête giratoire. Solange et Julien roulent leurs envies dans du mauvais papier. Ils enivrent leurs besoins dans du mauvais alcool, et mutilent leur survie dans de mauvais combats. Ils agonisent, sans pourvoi, dans de mauvais rejets.
PtK
Le froid l'avait jeté dans cet endroit rustique,
Proposant pour la nuit un foyer chimérique,
Mais le cœur du bonjour ne fut pas assez grand,
Pour fleurir les prairies de sa vie de manant.
Fatigué de s'enfuir, conspué par l'espoir,
Il cherchait le soleil dans ce fond de couloir,
Juste un peu de toujours pour le désaltérer,
L'empêcher de mourir dans ce désert d'acier.
La chaleur du café n'a pas vaincu, ce jour,
Il fallait le sucrer avec un bout d'amour,
S'engager bien plus loin dans la reconnaissance
Et calmer chaque pleur, d'un trop-plein de souffrance.
Il suffit quelques fois d'un peu plus d'attentions,
D'un respect bienfaisant parfumé de questions,
D'autre chose étalée sur un croûton de pain,
Bien trop vite englouti pour calmer la vraie faim.
Alors il est parti dans un adieu pudique,
Le vouloir transpercé d'un rejet métallique,
Il s'est couché plus loin dans un fier hurlement,
Pour voler à la mort son premier sacrement.
-o-
«Accueil d'urgence : ouvert de 19h00 à 07h00»
— Neuvième heure d'une sombre matinée de janvier. Le "chemineau" se présente à l'entrée d'un refuge hivernal. D'une main lasse, il frappe à la porte de cet accueil d'urgence. Il attend. Un espoir glacial figé sous ses regards chassieux. Malgré sa galère insubmersible, il a recomposé un sourire sur ses lèvres gercées ... et il patiente. Presque debout, devant cet asile entrouvert pour les sans-abri corrects. Il se plante. Devant cet oasis flottant sur un désert congelé, dans lequel il devrait pouvoir nettoyer et soigner son épuisement en bout de peine. Il veut cautériser sa fatigue du moment. Pas sa fatigue de ce soir ou de demain. Ni celle d'un temps spécifique, adapté aux seules volontés de l'accueillant. Non, pas celles-là ! Il veut simplement soulager sa fatigue de l'instant présent.
Le globe-trottoir vient de passer sa nuit à marcher. Pour ne pas s'offrir aux dangers des intolérances. Pour ne pas s'endormir, pour ne pas geler à jamais. Son train-train, rebattu et ralenti par les privations quotidiennes, n'a pas réussi à le sortir de la rase campagne à l'heure qu'il fallait. A l'instant convenable, permettant de mendigoter quelques heures au chaud. Il est conscient d'arriver à l'une de ces heures, trop rigoureusement qualifiées d'inconvenantes. Mais il veut quand même espérer. Une autre fois. Rien qu'une fois de plus. C'est la raison pour laquelle il toque au portail. Par réel besoin, plus que par nécessité calculée. Ses yeux rougis par sa veille interminable et les sourcils blanchis par le premier froid du matin, ne peuvent tromper. Ils ont vraiment besoin de tiédeur, d'aide et de sommeil compensateur. Seulement voilà. La lourde porte qui s'entrebâille chichement, ne cherche pas vraiment à s'investir dans cette requête intrusive. Elle grince d'à peine quelques centimètres, pour ne libérer que l'accès à une réponse retranchée derrière un règlement aveugle :
– Le responsable n'est pas là. Il est encore trop tôt. Il faut revenir ce soir !
Trop tôt pour qui et pour quoi. Pour une urgence bénigne, qui se marchande à coups d'horaires aussi intraitables qu'incontournables ? Hé bien oui ! Ce vouloir est bien trop matinal pour une urgence banale, qui ne devrait se permettre de sangloter qu'en fin de journée. Vers "19 h 00" tapantes ! Bien après le petit déjeuner, virtuellement mastiqué au milieu des fumets briochés, échappés par erreur des fenêtres entrouvertes d'une ville encore engourdie. Bien après le gros déjeuner, contemplé au travers des vitrines de traiteurs affairés. Bien après l'ingestion d'un doigt de fiel comme apéro et siroté dans les soupirs des passants blasés.
Seulement vers "19 h 00" bien sonnées ! Bien après la sieste réparatrice, tressautée sur un bout de bitume huileux … et dans la tête déjà malade, tant de paroles négatives bien avant le bonjour de la compréhension. Pas de transgression du règlement, à part une petite tasse de chicorée au café. Malgré tout. Juste avant le long périple, vers les juste "19 h 00" pilepoil. Simplement pour légitimer la pancarte empalée sur la porte gémissante. Mais pour le reste : à plus tard quand même !
Dans ce devoir accompli par l'hôte règlementariste, un petit bout d'attention accordé par habitude. Un simple café au régime sec. Un salut rudimentaire, reproduit plus de dix fois par journée dénaturées de refus temporaires. A peine quelques centilitres de chaleur proposés grassement, avec deux doigts d'au revoir en guise de pousse-café. Le tout, enveloppé hors la conscience apaisante, d'un portier que l'on croirait là pour ça. Une sentinelle implorée par la précarité. Prête à héberger le S.D.F sans horaire fixe. Même en marge des heures fériées, normalisées selon une conformité aussi froide qu'un matin d'hiver brumeux.
Mais voilà. Dans la sébile du "client" de passage, rien qu'un maigre sursis en guise de reconnaissance. Rien qu'un plus tard piétinant le devoir du guichetier volontaire, pourtant investi pour soustraire de la gueule des caniveaux, les broyés par l'exclusion. Rien qu'un accueil sans condition, comme le laissent entendre avec équivoque, les propriétaires des accueils d'urgence. Face au besoin qui l'interpelle, ce saint-bernard des trottoirs devrait pourtant savoir partager à tout moment, ce que lui même a dû quémander un jour. Ce jour où il a cogné à cette même porte, aujourd'hui devenue sienne. Mais tout comme la misère, l'oubli s'abat sur le pauvre monde. Il fond sur ces proies délaissées, renforcé par l'inattention des nouveaux ressuscités. Ainsi, le "videur" du night-club d'urgence désynchronisée, a laissé repartir l'homme blessé, sans s'inquiéter de ses morsures. Pas d'entorse au règlement, même humanitaire. Alors la porte, intolérante en ces heures diurnes … la porte, déresponsabilisée en ces éternelles secondes, où la solitude entourée par une foule hostile lapide la raison du moins fort … la porte, encadrée par des chevaux de frises et repeinte en attente mortelle … la porte, qui a déjà gommé ses tristes souvenirs d'indigence … cette porte là, s'est refermée lourdement. Elle s'est cadenassée, derrière ses lits inoccupés, derrière son garde-manger bien gardé, derrière son ballon d'eau chaude gonflé à bloc, derrière ses tonnes de vêtements propres, récoltés pour l'urgence. Elle s'est barricadée, derrière toutes ces petites choses si faciles à partager et qui fleurent bon l'espoir renouvelé :
— Lorsque l'on ressent la nécessité de s'arrêter, toutes ces heures de patience à ingurgiter, tous ces "plus tard" inflexibles, deviennent dangereux à supporter. Dans un accueil dit d'urgence, on devrait pouvoir recueillir le repos du cœur et de l'esprit. A l'instant où l'on a besoin de poser le fardeau de plusieurs siècles d'errance et de rejets. Que va donc faire le "repoussé" par une double exclusion, dans ces rues bitumées d'inattentions impitoyables ? Que va faire ce clown maquillé de désespoir, éloigné par ceux qui fabriquent des horaires le moins encombrants possibles et dont doit se contenter celui qui saigne à chaque instant ...
PtK
Du bout d'un doigt menteur, la justice combat,
Du bout d'un mot trompeur, la société condamne,
En choisissant l'action qui a le plus d'éclat,
Pour estomper l'horreur d'un choix en filigrane …
Esbroufant les médias, parodiant la curée,
Dans un chassé-croisé d'arrêts spectaculaires,
Mais dans les caniveaux, la drogue est tolérée,
Pour asphyxier l'esprit des révolutionnaires !
L'avant-bras transpercé au gré de son déclin,
Il veut chercher sa paix au milieu des nuages,
Où il peut chaque fois labourer son matin
Et replanter sa nuit dans de verts pâturages.
Il drogue à sa façon les frêles solitudes
Et son inappétence à survivre en priant,
Pour arracher son âme aux froides servitudes
Et ne plus se courber pour mourir autrement.
Alors il doit piquer ses vains rêves d'enfant
Et les anesthésier pour étouffer leurs cris,
Il doit continuer sur ce chemin sanglant,
Poursuivi par l'erreur des premiers interdits.
Il est montré du doigt par un grossier troupeau,
N'y voyant que les trous grevant l'or de ses caisses,
Boursiers indifférents aux gouffres de sa peau,
Refusant de payer l'impôt de ses détresses.
-o-
Pourquoi ce moment est arrivé ?
Pourquoi Christophe n'a pas eu l'idée d'aller retrouver un véritable ami ?
Pourquoi s'est-il confessé à ce faux adulte immature, constamment secoué par des tics qui faisaient peur ?
Pourquoi s'être laissé tenter par ce cauchemar pulvérulent ?
Pourquoi ce jour comme les autres, a-t-il intoxiqué sa détresse en quête de salut ?
Pourtant, Christophe entendait souvent parler des dangers de la drogue. Presque tous les jours. Il lui est même arrivé de croiser des revendeurs, bien mal déguisés en simples quidams. Des jeteurs de sort, qui prodiguaient leur poison interdit par la foi d'un code pénalisant, mais plus souvent toléré par la loi des hauts bénéficiaires masqués par la notoriété. Christophe avait même de la compassion, pour ces victimes hagardes à la recherche du faux plaisir. Il avait une certaine indulgence pour ces morts-vivants, sans cesse aux trousses de leurs collations vénéneuses. Du moins c'est ce qu'il ressentait. Mais ça ne le tourmentait pas plus. Christophe avait de quoi occuper sainement ses journées d'adolescent. Les copains, les filles, la famille … alors pourquoi ?
Ce jour là, alors qu'il rentrait du lycée, une poudre blanche semée juste à côté de ses baskets par la fatalité, traçait déjà le chemin de la rencontre fatale. Son père était à la maison. Sans se retourner, il s'adressa à son fils. Il lui parla simplement, sans émotion excessive. Avec dans le ton de sa voix, une sorte de soulagement longtemps espéré. Un genre de décontraction, souillée de cynisme et d'inconscience. Sans prendre plus de précaution, le père cracha la vérité meurtrière :
– Ta mère est partie ce matin. Pour toujours. D'après son petit mot, elle allé voir ailleurs si je n'y étais pas. Tout compte fait, c'est bien mieux comme ça. J'en avais marre d'avoir l'impression de ne vivre que pour vous deux !
Christophe n'a rien répondu. Il savait que tout n'allait pas très bien entre ses parents. Mais rien n'avait laissé présager cette brusque séparation et surtout, il n'avait jamais pensé être l'une des causes de cette dislocation. Il n'avait jamais cru pouvoir être l'objet de ce déchirement sournois et silencieux. Jusqu'à ce jour, il avait eu des relations très complices avec sa mère. Il l'aimait même comme un père. Il lui parlait comme à une sœur, comme à un frère. C'était sa mère à lui ! Alors comment pouvait-il croire en cet abandon maternel, en ce reniement soudain et dénudé de paroles explicatives.
– Mais pourquoi fais-tu cette tête ? Continua stupidement son père. Je n'ai pas dit que je ne t'aimais pas. Je veux juste te faire comprendre que j'ai envie de m'occuper un peu plus de moi. Et puis ta mère va sûrement t'écrire. Peut-être même qu'elle te prendra avec elle. En tout cas, ça m'arrangerait bien, parce que …
La porte avait claqué. Comme un coup de feu. Comme une sommation, prête à fusiller la terre entière et ses comportements assassins. Christophe s'était retrouvé dans la rue. Totalement halluciné. Mais dans son esprit seulement. Ses pas, eux, le conduisait adroitement vers ce mal qui faisait du bien. Vers cette mortification qui semble rassurer, juste le temps d'y croire. Ses pas dopés par le subliminal, suivaient instinctivement la longue ligne blanche qui serpentait vers la fatalité qui patientait. Elle était là. Attendant bien sagement, ses deux bras grands ouverts pour envelopper le chagrin, pour mieux dispenser un bonheur qui détruit. Chassant toutes les questions de sa tête, Christophe a goûté et il a pu oublier. Un bon moment. Le temps d'un apaisement qui l'avait faussement rassuré. Alors Christophe a continué, pour oublier encore un autre moment. Puis un autre … et encore un autre.
Pourtant, un jour moins sombre que les autres, il s'est obligé à revivre. Il a su s'arrêter et il a patiemment recherché à s'insérer. Mais il refusait les travaux surveillés. Il repoussait tous ces gagne-crédits sociaux, ponctués d'incessants reproches moralistes et sournoisement maquillés de jugements définitifs. Il voulait d'abord une attention saine et sincère. Pas une assignation à la rédemption pour ne plus souiller la société. Il ne réclamait pas le pardon, mais un soupçon de confiance et surtout pas de la pitié. Christophe n'a pas voulu se soumettre. Alors la miséricorde nationale ne lui a pas pardonné cette rébellion inacceptable. Les sentiments paternels n'ont rien excusé non plus. Ceux-là même, qui se droguaient à leur manière et sans retenue, dans une minable liberté maritale retrouvée. Quant aux copains de Christophe, ils fuyaient ce faux frère qu'ils ne voulaient pas essayer de comprendre. Les filles, elles le repoussaient et l'école lui interdisait l'accès de sa tolérance conditionnelle. Sa mère n'était plus là. Pour de bon. Jour après jour, elle semblait approuver la déchéance de son fils, à l'aide d'un silence irresponsable à perpétuité.
Aujourd'hui, Christophe se recouvre du bitume des recoins malfamés. Pour ne plus se voir, pour ne plus se montrer. Il se repique à une cadence frénétique, pour ne pas se laisser rattraper par sa conscience. Il s'assassine, pour prolonger le sommeil de ses réveils insupportables. Il ne nous ressemble plus. Nous, les sociétaires accrédités par une société partiale. Il ne nous regarde plus et ne se reconnaît même pas. Christophe n'est plus des nôtres. C'est un disparu, fondu dans les ténèbres d'une exclusion repeinte d'une couche d'invisibilité abusive. Pourtant, nous nous forçons malgré tout à répertorier, autour de sa silhouette émergeant de la vapeur des trottoirs surpeuplés, chaque forfait occasionné par son délire. Sans y chercher de pardon, sans y trouver de solution. Alors on voudrait bien le repousser plus loin. L'enterrer dans ces ailleurs ne menaçant plus notre bien être d'ici bas. Mais il faut attendre qu'il s'en aille tout seul. Pour préserver notre conscience.
PtK
Il avait émergé d'un chant patriotique,
Animé d'une foi bardée d'un arc-en-ciel
Et pour dorer le front du combat fraternel,
Il voulait transmuter chaque avoir métallique,
Le cœur plus menaçant que son poing symbolique !
Mais on lui a offert un vœu pestilentiel,
Pour mieux contaminer son choix charismatique
Et il s'est revendu au oui artificiel,
En liquéfiant le plomb d'un désaveu tactique.
Son âme sacrifiée, répandue sur l'autel,
Il pourrit ses désirs dans l'abandon mortel,
Et monnaie chaque jour sa misère héroïque
En baisant les pieds-bots de son destin oblique.
-o-
Jean-Jacques avait trop souvent vu ses parents concéder. Même au-delà de leur propre raison. Il avait vu trop d'amis écrasés par l'intolérance. Il avait trop longtemps vécu dans une obligation inacceptable. Dans une quasi soumission insupportable, qui mijotait en laissant échapper des vapeurs de rébellion. Ainsi, il s'était décidé à organiser des réunions entre frères, avec l'espoir de pouvoir redonner une vraie vie à leurs enfants.
La cité toute entière avait déjà réclamé un droit d'attention. Sans menacer. Sans éclabousser le monde extérieur à son enclos. Alors, pour stopper cette hémorragie vénielle, on avait cherché à l'apaiser avec quelques acceptations. On pensait bien pouvoir cautériser ces gros pâtés de maison, avec ces quelques concessions éphémères. De ce fait, tout semblait vouloir se calmer. Mais ce n'était que pour le temps d'une concertation.
Car lorsque le peuple de la cité perdue, organisa une manifestation capable d'alerter l'opinion publique, les médias commerciaux s'y étaient intéressés d'un peu plus près. On avait donc tendu une oreille à ces protestataires du jour. C'était déjà un début de prise de conscience, mais les contestataires savaient qu'ils n'avaient encore rien gagné de réel. C'est pourquoi leurs droits naturels ont décidé de foncer dans le tas. Pour s'identifier vraiment. Ce jour même ! Les rangs s'étaient donc formés, et les banderoles claquaient au vent de la résolution. Pas de la révolution, car ce devait être une troupe de questions menées dans la non violence. Jean-Jacques y tenait beaucoup. La confrontation physique et brutale, il connaissait. Cela faisait plus de trente ans qu'il s'y débattait. Dans les cours de récréation des ghettos quotidiens. Non ! Il voulait juste la reconnaissance de leurs droits dans le dialogue, pour lui et ses frères. C'est un peu pour cette raison, qu'on l'avait choisi pour chef. Tous faisaient confiance à son sang-froid. A sa conscience et à son intégrité. A sa vérité !
Tout de même inquiets de la tournure prise par les évènements, les élus avaient lancé quelques accords de circonstance au visage des manifestants. Ils avaient jeté un peu du lest qu'ils avaient en trop, pour les aveugler un certain temps. Du moins le pensaient-ils. Seulement c'était trop peu pour améliorer les situations précaires et trop pulvérulent pour étayer les espoirs craquelés. La troupe indignée n'avait en fait rien obtenu, pour repeindre en bleu cette espérance qui pataugeait toujours dans la boue des enclos à loyers modérés. Modérés ! Pouvait-on le rester indéfiniment. Lorsqu'on a juste le droit infime, d'user ses jours sur les marches d'escaliers à longueurs de journées ? De claquer son temps à forcer sa raison pour repousser l'envie du crime ? De ne pouvoir que réclamer des aides sociales inévitablement reprochées ? De ne vivre qu'en espérant survivre ? Il fallait donc continuer. Revendiquer toujours plus haut, toujours plus fort. Malgré sa maîtrise, Jean-Jacques s'était quelque peu enfiévré au long des demandes et des acquits, distillés au compte-là-dessus. Stimulé par ces soubresauts prometteurs, bien qu'inconséquents, il réclamait à présent avec une hargne verbale qui avait inquiété ses amis. Mais qu'importe, le ton cinglant semblait obtenir des avantages concrets, et la confiance était toujours présente. Avec Jean-Jacques, on les aura, ces droits. Lui seul sait comment nous défendre.
Toutefois, les élus ne voulaient pas donner beaucoup plus. Peut-être encore un peu, pour sauver la situation. Néanmoins, partagé entre ces affamés, ça ne ferait pas vraiment le poids pour calmer cette colère enrégimentée. Après deux ou trois minutes de cogitations préfabriquées, les édiles ont convenu qu'il valait mieux payer raisonnablement pour un seul, que beaucoup trop pour tout le monde. Alors ils en ont choisi un. Celui qui serait le bénéficiaire idéal pour calmer les esprits crédules. Lui, le chef ! Les mandatés ont reçu Jean-Jacques dans un huis clos trois étoiles. Petit à petit, ils l'ont désolidarisé en lui faisant miroiter les intérêts d'une autre alliance. Ils ont même présenté leurs condoléances, en lui épelant billet par billet, le tout à gagner dans cette union à deux. Lui et les élus. Pourtant, ces derniers méprisaient Jean-Jacques. Ils vomissaient cet anarchiste qui voulait grever les caisses communales voire, peut-être même nationales. Mais qu'importe l'ami, pourvu qu'on ait sa promesse et ça valait tout aussi bien pour ce petit chef, enfin troublé par la vénalité. Jean-Jacques n'a pas résisté. Cependant, il milite encore. En étroite collaboration avec ses nouveaux complices. Mais plus dans le sens inverse des aiguilles d'une Rolex, que dans celui de l'amitié. Pour donner le change, à défaut de réalité, Jean-Jacques continue de partager les indignations de quelques frères de lait caillé. Juste de quoi faire semblant, pour mystifier les éventuelles méfiances.
Aujourd'hui, il vit dans un ailleurs en plaqué or. Bien sanglé dans son costume huit pièces et les charentaises vernies, pataugeant dans une moquette épaisse comme les herbes folles de son ancienne cité. Il en veut encore. Toujours plus, toujours seul, cloisonnant sa vie dans une froideur protectrice. Jean-Jacques ne peut plus avoir d'amis. Enfin, pas des vrais. Plus de visages confiants, auxquels on peut sourire sans crainte. Il ne peut plus s'offrir sincèrement, au risque de révéler ses signes de faiblesse capables de le détrôner. Au risque de se démasquer et de se faire ensevelir dans la boue de sa trahison. Mais qu'importe, il préfère vivre riche. Même en assumant le danger de s'enrhumer dans les courants d'air corrompus. Car les froidures de la jouissance ennemie, sont malheureusement plus supportables que la chaleur fétide d'un frère de cité surchauffée !
PtK
En glissant sa famine au travers des ruelles,
Un mort-vivant s'invente un festin de douceurs
Et rejoint son palais au milieu des poubelles,
En jurant sur la vie qui ronge ses valeurs …
Un pourquoi dans les yeux, des rejets plein le cœur,
Des moins que rien mendient un croûton d'avenir,
Juste un bout de leur droit pour sevrer la rancœur,
Des moyens pour aimer, l'espoir d'y parvenir …
Ils marient leurs destins pour mieux se protéger,
Au moins ne pas mourir au fond des solitudes,
Ils forgent une foi et voudraient s'insurger,
Engager le combat, crever leurs servitudes …
Tant et tant de projets, de pardons dans ces têtes,
Des millions de toujours brisant les jamais plus,
Ils sont riches d'amours, d'amitiés et de fêtes
Et voudraient resurgir au milieu des exclus …
Accoudés au trottoir, un rictus à la main,
Ils trinquent leurs journées contre le pot de fer,
Ce qu'ils n'ont plus ce jour, le vomiront demain,
Pour bizuter l'accueil des entrants dans l'enfer.
Mais voilà qu'un soleil vient pour armer leur poing
Et ils vont s'isoler derrière leur défi,
N'écoutant déjà plus l'agonie du conjoint,
Unis dans la pitié, répudiant par profit.
On dit que les exclus sauveront les exclus,
Mais il faudra d'abord sacrifier l'égoïsme,
Celui qui trouve un peu, recherche le surplus,
Ne sachant partager que dans le fatalisme.
Dans un temps plus prospère on oublie bien trop vite,
Ceux qui n'ont que des pleurs pour nourrir leur enfant
Et combien de croyants se perdront dans l'invite,
De ces mendiants de luxe au souvenir gluant.
-o-
Parfumés d'amour, sous un semblant d'humanité, Pierre et Michel voguaient d'exclu en exclu. Pour les réchauffer de leur compréhension. Pour semer dans leur cœur, des paroles de confiance …
Eux-mêmes naturalisé S.D.F par les fonctionnaires de l'exclusion technique, Pierre et Michel voulaient retrouver leur citoyenneté d'origine. Ils voulaient reconquérir cette nationalité, tamponnée sur les passeports émis par les droits de l'homme et qu'ils avaient égarée depuis trop longtemps. Mais ce qu'ils pensaient désirer par dessus tout, c'était pouvoir redistribuer ces droits en toute égalité, à leurs frères et sœurs de misère. Ils avaient décidé de se battre vraiment. Pour tous ces amis congelés dans l'intolérance, et qui éclataient leur avenir sur le bord des trottoirs rocailleux. Un jour, Pierre et Michel ont enfin trouvé un emploi. Un vrai travail de bénévole, gracieusement salarié. C'était un boulot qui leur permettait de vivre à l'étage, juste au-dessus de l'exclusion. Un rôle inespéré, à la mesure de leurs envies de justicier.
A présent, Pierre et Michel œuvrent dans l'assistance humanitaire. Devenus gardiens d'un foyer charger d'accueillir les souffrances de l'exclusion, ils invitent les âmes isolées à passer un moment bien au chaud. Mais tous ces sans-abri chroniques n'ont entre autre, que des anxiolytiques alcoolisés pour les aider à grignoter leurs journées. Pour leur permettre de patienter, dans l'expectative de pouvoir déverser quelques unes de leurs nuits polaires dans un lit d'infortune. A condition, bien sûr, de ne pas dépasser le quota autorisé. Lequel s'élève chichement à une quinzaine de nuitées consécutives. C'est le dernier prix ! Ensuite, ils devront aller piétiner un peu plus loin, avec ou sans la chaleur artificielle d'un litron compréhensif. Ils devront aller farfouiller dans le hasard des rues et une fois de plus, ils devront refaire la queue. Afin d'avoir le droit d'aller faire la queue devant un autre distributeur automatique de chaleur, pour quémander une autre "quinzaine" éventuelle.
Ainsi, ballottés de refus en "plus tard" et d'abris provisoires en trottoirs définitifs, les locataires de la voie publique ne respectent plus que les règles de leur propre instinct, pour survivre au jour le jour. Ils savent très bien que l'humanitaire n'offre l'abri de ses urgences, qu'en échange d'une sobriété pure et dure. Troquant, sans tenir compte du problème médical, une paillasse contre une abstinence non négociable. Contre la défroque d'une sobriété, capable d'être revêtue dès la fin d'après-midi et ce, jusqu'aux premières heures du lendemain. Jusqu'aux premiers dangers d'un manque inévitable, prescrit sans soucis des effets secondaires, par les docteurs d'une loi altruiste. La même pour tous ! Sans distinction d'âge, ni de sexe. Encore moins, d'imprégnation inexpugnable, par la seule volonté d'un brocanteur humanitaire. Ainsi, jusqu'à chaque nouvelle fois pendant quinze jours ! Alors, stimulés par leur insupportable souvenance des nuits glaciales, les S.D.F s'engagent, ils se promettent. Mais ce souvenir ne les rappelle à l'ordre, qu'en de trop courts instants de réalité, qui émergent à grand peine de leurs journées léthargiques.
Mais beaucoup, n'ont plus la force. Enivrés par leur solitude, ils ne se souviennent plus comment ne pas boire et à la tombée de la nuit, les sages résolutions titubent inévitablement. Comme toujours, comme d'habitude. Comme chaque fois qu'ils sont obligés de souffrir, pour supporter leurs longues heures d'errance quotidienne en silence. Penauds, ils toquent tout de même aux portes des abris, en charriant avec eux leur impatience alcoolisée. Ils se présentent tels quels, infectés par la violence des caniveaux, gangrenés par la fatalité qui s'est greffée sur leur peau durcie par le gel de l'inconséquence … et la porte reste close. Pourtant, comment pourraient-ils vouloir s'empêcher d'oublier, quand on les efface dans des siècles de survie mendiée seconde par seconde. Comment sauraient-ils s'obliger à la tempérance, juste pour avoir le droit d'emprunter quelques heures d'accompagnement autoritaire. Pourquoi y parviendraient-ils, quand même les alcoolisés nantis, mettent plusieurs années à guérir de cette maladie alcoolique ? Pierre et Michel ne le savent que trop bien. Eux aussi sont passés par là, il y a longtemps déjà. Mais ces trouble-société menacent leurs acquits du moment. Alors Pierre et Michel ne discutent plus. Aujourd'hui, ils doivent penser à eux et pour ce faire, sélectionner à leur tour la misère gérable de celle à risque. Pour assurer leur tranquillité, ils ne doivent distribuer ce qui ne leur appartient pas, qu'aux seuls soumis devant la nécessité, légitimé sans pardon. Ils ne veulent accompagner que les bâillonnés par la souffrance. Pierre et Michel doivent sauvegarder leur opportunisme, envers leurs anciens compagnons et contre toute logique caritative.
Mais comment faire réellement de l'humanitaire ? Ils ne gagnent que le SMIC. Ce n'est pas assez pour partager. Comment faire vraiment du social ? Ils travaillent de nuit. Ce qui leur laisse tout le temps d'un sommeil diurne, pour ne plus apprendre à communiquer. De plus, Pierre et Michel se sont sortis de cette misère avec l'aide de presque personne. Maintenant, ils doivent montrer à tous ceux qui autrefois les rejetaient sur les pavés glacés, de quel bois ils se chauffent. Ils vont rattraper le temps perdu. Ils vont réapprendre à entretenir leur salaire d'inclus et ils vont se battre pour leur prochaines vacances. Pour leur voiture, pour leur télé, pour leurs crédits …
Ce qui n'empêche que parfumés d'amour, sous un semblant d'humanité, Pierre et Michel continuent à voguer d'exclu en exclu. Pour les réchauffer de leur compréhension. Pour semer dans leur cœur ... deux ou trois paroles de confiance.
PtK
V oici venu l'instant des comptes à régler !
I ncisant les années, il faut faire un bilan,
E ffacer l'avenir, pour ne plus s'aveugler,
I l faut joindre en suivant l'agonie du cadran,
L 'interpénétration aux sombres mains d'acier.
L e destin va finir dans l'ombre des questions,
E ludées par la peur et son incertitude,
S euls un bout de passé et quelques illusions,
S ursautent faiblement au cœur d'une habitude,
E nvahie lourdement, de pauvres émotions.
-o-
La mort arrive à pas décomptés. Elle ne peut être inattendue, puisqu'elle nous accompagne depuis ce prêt à la vie, accordé par notre fécondation originelle. Mais il est difficile d'accepter, lorsque l'on s'est plus ou moins bien habitué à son existence.
Une fois qu'elle nous a assuré de sa présence, la mort doit s'admettre avec raison. Le plus pénible est de chasser ses pathétiques remises en questions, lesquelles se bousculent dans un chaos frénétique. Cependant il faut se résoudre à ne pas y répondre, pour moins se condamner. Il est préférable de s'obliger à écouter la sagesse et enterrer l'espoir, en regardant le dernier instant présent bien en face. Sans pour autant se réjouir, mais sans non plus regretter ces quelques millions de secondes déjà vécues et qui vont bientôt s'effacer à jamais. Mieux vaut raisonner les "peut-être" rougissant d'espoir invoqué. Anesthésier les "encore" agonisants, fébrilement pianotés sur des certitudes portant déjà le deuil incorruptible.
Plus rien ne nous est permis désormais, en dehors d'un possible tout dernier sourire. Nul besoin "vital", à part un ressouvenir léger, pour éponger les larmes cherchant à brouiller la réalité. Il ne faut pas juger le temps qui s'enfuit, hors d'un restant de vouloir affamé. Ce temps ne déserte pas notre droit à la vie, puisque elle-même a terminé son contrat. Il repart. Simplement. Ce temps qui a été nôtre, durant quelques instants rajoutés à quelques autres moments, a simplement rempli son devoir temporel et s'en va pour servir d'autres besoins. Il nous oublie pour aller reconnaître d'autres vies, elles aussi promises à cette mort qui va refermer les yeux de nos "pourquoi moi" indécents. Chacun ressemble à chacun, en ces moments d'arrivées ou de départs. Chacun reste fixé aux vœux de la nature. Malgré ces puérils instants d'incantations, incapables de reconvertir cette nature qui seule, a le vrai droit de vie et de mort. Le temps n'appartient à personne et le nouveau-né reçoit un temps de vie, transfusé par le temps d'un nouveau mort.
Et qu'importe, si l'on se retrouve seul pour se demander s'il est bien temps de mourir. Qui, en cet instant dernier, saurait nous rassasier de tout ce que nous n'avons pu consommer ? Nous réprimander pour nos exagérations, nous pardonner nos regrets ? Quand bien même il y aurait des pleureuses pour nous regarder partir, que pourrions-nous en retirer, le subconscient déjà enveloppé dans le linceul d'un crépuscule ultime.
En vérité, tout est bien qui fini bien … ou mal. Car il est bien d'en finir et mal de vouloir se poursuivre. L'éternité ne nous permettrait pas d'apprécier pleinement nos opportunités matérielles, ni nos hasards sentimentaux. Epiés par la mort dès leur premier jour, c'est son regard pesant qui stimule nos comportements. C'est encore elle, qui nous pousse à justifier nos journées remplies de temps vide à combler. C'est toujours elle, qui nous exhorte à prendre la vie à bras le corps.
Juste avant de mourir et en regardant bien derrière nous, il est possible de se rendre compte que le crédit de notre vie est souvent mieux rempli qu'on ne le pensait. Alors que la colonne débit de notre dette originelle est souvent vierge. Mais à compter de ce dernier moment, nous ne devons plus rien !
PtK
