SENTIMENTS ET RESSENTIMENTS.
Prénoms, pour une solitude.
- Anne-Marie
- Annie
- Béatrice
- Brigitte
- Bernadette
Anne-Marie.
Alors, sans vraie raison, je suis parti. Ailleurs.
Sans rien lui dire, comme un voleur.
Niant sur son sommeil, l'abus de ses tendresses,
Dilapidées sans un adieu.
N'oserais-je jamais enfoncer cet épieu,
Jusqu'en mon âme vampiresse ?
Et je stagne, impuissant, sur des raisons boueuses,
Charriées par mes nuits tortueuses,
Méandres alourdis où se cogne un destin
Largué par mon intolérance.
Aurais-je donc exclu tous mes droits d'ingérence,
Sous les refus d'un sombre instinct ?
Rien qu'un lâche moment, rien que pour un pardon,
M'effondrer aux pieds d'un prénom,
Immoler ces phobies de l'amour dépendant,
M'enfuir, me juger en coupable
Et revenir vers moi, en amant vulnérable …
Mais là-bas, mon ailleurs m'attend !
PtK
Annie.
Au bord de ta jeunesse, en ce visage-enfant,
Navigue un vieux sourire en points de suspension.
Ne laisse pas les plaies d'un vieil amour béant,
Infecter les soupirs de ton cœur innocent
Et accepte ma main de rebouteux barbon.
PtK
Béatrice.
Bien que ton désarroi, s'interroge au parvis
De mon fanum de solitude,
En allant vers l'autel, tu verras l'insoumis
Agenouillé de certitude.
Alors bénit le poing de mes derniers pouvoirs
Et j'irai au combat ultime,
Trancher l'affreux passé de l'hydre aux sept brûloirs,
Enchâssé d'un estoc sublime.
Raconte-moi nos vies. murmure à mon éveil,
Nous serons une fois, toujours,
Il me faut les ardeurs de ce dernier soleil,
Pour brûler mon ombre à rebours.
Condamne mes huis clos, assignant mon sursis
En des chambres d'incertitude
Et revêt l'habit blanc de l'amour indivis,
Plié sur ton banc d'inquiétude.
PtK
Brigitte.
Mon cœur ...
Blessé,
Résigné,
Il t'espérait.
Gladiateur défait,
Il rendait les armes.
Troublant de larmes,
Ton blanc sein.
Enfin !
PtK
Bernadette.
Ballotté par Eole, un zéphyr bienveillant
Aborda mon rivage
Et souffla doucement sur les pleurs d'un brisant,
Dévoilant son visage.
Rien n'aurait pu alors, du rocher me distraire,
Ni la mer éternelle,
Ni ses galops ardents, bleu-calme ou vert-colère,
Ni cette aube irréelle !
Assourdi par les eaux à la rage écumante
Je suivais mon silence,
Déposant sur l'écueil une larme amarante,
Qui sculpta son absence.
Elle est là ! Devant moi. Dressée par les embruns,
Sur un socle invaincu,
Trempée de ces sanglots, qui iodent les parfums
De mon rêve éperdu …
Transporté par Neptune, un courant malicieux
Reflua mon image,
En calquant sur les flots de l'océan fougueux,
Ma réponse au message.
PtK
